Trichy, 20 au 21 février
Je ne le sais pas encore, mais en quittant Trichy, j'aurai à l'esprit le même genre de phrases tordantes que l'excellent Bill Bryson, auteur d'un road movie hilarant sur l'Australie ("Nos voisins du dessous").
C'est à dire:
"Il y a 2 raisons de se retrouver à Trichy:
1) Un astéroïde a percuté la Terre et ne reste sur la planète qu'une langue de terre de 3 kilomètres carrés habitables: Trichy.
2) Des gens et un guide pourtant bien intentionnés vous l'ont signalé comme lieu à ne pas manquer, en particulier son temple, un des plus gros complexes religieux d'Inde.
Entre parenthèses, j'ai l'impression que tous les temples sont: "l'un des plus gros complexes religieux d'Inde", et "complexe" fait surtout penser à une galerie marchande. Enfin, vu le nombre de conneries qu'ils vendent dans l'enceinte des temples (poupées moches, cotons tiges...!), ça peut coller.
Bref, en arrivant à Trichy, dans ma tête, j'avais surtout quitté Tanjore (voir plus bas).
Après avoir tourné 10 minutes, j'ai trouvé un hôtel bien sans bestioles, avec même la télé (déjà que je la regarde pas en France, à part "la nouvelle star"...) et j'ai réussi à trouver direct le bon bus pour là où je voulais aller et à sauter dedans sans être frappée par quiconque (voir billet Tanjore ^^). A Trichy, il y a en effet 2 monuments importants. Le temple ET le fort du rocher. Je peux vous le faire en V.O. mais ça me fait trop penser à un fromage: le rock fort.
Je monte allègrement les 417 marches menant au sommet, et de là, j'admire un panorama sur les toits colorés de Trichy.
Jusque là, tout va bien.
Sauf qu'en redescendant vers l'église, qui tente vachement mal d'imiter celles de Lourdes, je suis passée devant plein de boutiques de saris, et je me suis mise en tête d'en acheter un.
Pourquoi ? c'est vrai, je n'avais déjà plus de place dans mon sac à dos en quittant Paris, ce qui s'est pas arrangé avec toutes les conneries que j'ai ramené de Birmanie (des guêtres de femmes akka, j'ai carrément ramené des guêtres qui sont trop petites pour mes tibias, sans parler des chaussons de bébé...) Bref, en plus du gros sac à dos, j'avais déjà tellement de sacs à trimballer à la main que j'ai dû envoyer un colis de Pondi (contrairement à Shiva j'ai pas assez de bras !)
Alors à peine arrivée à Trichy, acheter un sari !!! Qu'en + je ne remettrai jamais après l'Inde. A moins d'être invitée à une soirée Bollywood, mais quelle est la probabilité, sachant que j'ai déjà raté les 2 seules qui aient eu lieu en un an ?!
Enfin, me voila, inconsciente, dans une boutique aussi grande que les Galeries Lafayette, où des pancartes, au lieu de me guider, me paument fortement: "fancy saris", "silk saris", "cotton/silk saris"...je me repère donc aux couleurs et après 20 minutes, ça y est, j'ai trouvé le sari de ma vie, enfin les 3 derniers prétendants.
Après une demie heure de doutes, c'est lui que je veux. Mais au fait, comment ça marche, un sari ? Détrompez-vous: je ne parle pas encore de comment ça se porte, ça, ce sera une autre paire de manches, ou plutôt, de plis. Non, de quoi ça se compose, déjà ?
Un sari, c'est un peu plus de 6 mètres de tissu de drapage et une blouse assortie (sorte de boléro à manches courtes laissant voir le ventre que j'ai en plus proéminent, décidément, quelle idée, ce sari !)
Bref, je demande donc où est la blouse, là dedans: le vendeur me répond "dedans", en m'indiquant des franges de tissu décousu qui dépassent. Ah, ce que je pensais être une mauvaise finition se trouve être la blouse. Qu'il faut donc découper. Et coudre.
Ha, ha, ha !
Et il s'imagine que moi, qui ne sais même pas repriser une chaussette, je vais me confectionner la blouse de mon sari ? même pas pour 10 000 roupies !
La vie est bien faite, il existe les tailleurs, il existe même un tailleur attaché à ce magasin, que le vendeur appelle. Il me dit ensuite le fameux: "no problem" qui en général annonce les plus grandes catas, et me fait attendre "5 minutes", mais 5 minutes...indiennes.
J'attends donc 10 minutes, 20 minutes, trois quarts d'heure. Le tailleur a dû disparaître dans un autre sari.
Voyant mon air contrarié, il me donne un dépliant expliquant par A + B comment enfiler un sari, avec petits dessins et explications en anglais. Voila qui ajoute à ma confusion et à mon impatience: même le schéma de montage d'un meuble Ikéa est plus clair.
Du coup, je suis partie. Sans le sari. Je précise avoir essayé juste après des blouses toutes faites chez un concurrent: les indiennes doivent toutes faire maxi du 80 A, c'est pas possible ! Ce qui contraste sensiblement avec le nombre de femmes girondes que je croise chaque jour (ben oui, les chapatis à toutes les sauces, futur billet à eux tous seuls et bien huileux, ne font pas que des sirènes !!!)
Bon, demain est un autre jour ! En rentrant, je tombe à la TV sur "la nouvelle star" indienne, "Nokia youth singer", et j'ai honte de le dire, mais ça sauve ma journée: des donzelles prépubères se languissent en tamoul sur je ne sais quelle histoire d'amour avortée, et chantent plus faux que des marmites ("casseroles" me semblait d'un contenant trop modeste). Le pire, c'est que l'une d'elles, qui chante si loin de sa tonalité qu'on l'entend à peine, se fait carrément encenser par le jury et récolte de pures notes. Remarquez, c'est pas pire qu'en France, ça me rappelle Camélia Jordana !
Le lendemain, je me lève aux aurores (comme tous les matins, + à cause du boucan, de la chaleur et de l'absence de rideaux que d'un courage quelconque !), toute excitée à l'idée de découvrir enfin le fameux Srirangam Renganatha temple. Je saute dans le bus numéro 1, le même que la veille (au moins les déplacements sont faciles à Trichy). Mon sens de l'orientation se développe à vitesse grand V, tel un muscle hypertrophié: désormais, quand je sors d'un resto, je suis capable de retrouver la direction par laquelle je suis arrivée. Ca n'a l'air de rien, mais naviguer à vue dans une ville inconnue et grouillante, sauter en marche dans le premier bus venu et arriver à destination, c'est grand !
Surtout que là, je suis partie pour 8 bornes. Et oui, les complexes religieux, c'est comme les centres commerciaux, c'est excentré.
On dépasse le rock fort du jour précédent, et voici le temple, ou du moins son 1er gopuram (tour). Gopuram, mandapam, nandi, annam, je deviens une pro du jargon templier !
Mais je le boycotte pour aller au bout de la rue, paraît que y'a une rivière dans laquelle les enfants sont trempés pour être fortifiés (mieux qu'Actimel).
La rivière Cauvery est sacrée. C'est pas difficile, en Inde, tout ce qui a trait à l'eau, de près ou de loin, est sacré.
C'est donc au bout de la rue. Sacrée rue ! (un peu stupide cette expression car pour le coup en Inde, y'a que les rues qui soient sûres de n'être jamais sacrées, car c'est là que marchent les intouchables). Enfin bref, c'est une très longue rue, pas loin de 800 mètres !
Au bout, un éléphant, quelques mendiants, des panneaux: "danger, sables mouvants", incitant à ne pas franchir les barrières, et...des dizaines de saris franchissant les barrières, pour aller faire trempette dans une eau peut-être sacrée, mais moins pure que des WC.
Je ne compte pas les tas d'immondices et de plastiques qui jonchent les bords de l'eau. Ni les hindous qui pissent debout, directement dans la flotte, là où les vaches sont vigoureusement frottées par leurs propriétaires, ainsi que les enfants par leurs mères !
En remontant jusqu'au temple, je m'arrête dans une boutique réputée de statues de bronze, et j'en achète 2 (ben oui, comme j'ai dit, mon sac est pas assez lourd, alors je me suis dit, du bronze, c'est nickel, si je puis dire...) Elles ne représentent pas Shiva, mais des ptits musiciens tribaux (et très beaux !)
Le vendeur m'offre le chai (thé) et je repars. Il me rattrape à moto pour m'offrir un jus de coco directement dans la noix, bienvenu car il fait 32 degrés.
Il me propose de m'accompagner demain jusqu'à Rameswaram, à 7h de bus de là, pour me "tenir compagnie". Et que je dois pas y voir du mal. Après m'avoir dit qu'il avait une femme et deux gosses. Je sais pas ce qu'ils ont dans la tête ici... une noix ? mais certainement pas de coco, c'est déjà trop gros !
Enfin, le temple: le calvaire commence, et pourtant, on n'est pas chez les chrétiens !
Ce temple est un labyrinthe avec rien de moins que 7 enceintes à franchir et autant de gopurams. Le truc, c'est que pour passer d'un gopuram à l'autre et avancer vers le centre et le sanctuaire (auquel les non hindous n'ont de toute façon pas accès), on doit traverser des rues, perpendiculaires au chemin, et dans laquelle passent des tas de motos furax et autant de bagnoles qui font pas gaffe où elles mettent leurs roues, sans parler de la poussière, de la caillasse, du monde et de la chaleur. Parce qu'à ce stade, je suis déjà pieds nus (obligatoire pour entrer dans le temple).
Et mes chaussures sont à l'entrée, loin derrière !
Mais à force de côtoyer des temples, je crois avoir compris pourquoi les indiens roulent de manière si sauvage: qu'importe d'être écrasés quand on a autant de vies ?! Ils se réincarneront de toute façon !
Tout ça pour que dalle: les mandapam (halls de piliers sculptés) sont introuvables, la vue depuis la terrasse, imprenable (dans le mauvais sens du terme: impossible à prendre...en photo, car pas assez élevée).
Après une expédition sable brûlant pour aller voir un mandapam, il est fermé. Entre les piliers du 4ème gopuram, des indiens font la sieste: (sur la photo voilà un gopuram !)
Je sors de là un poil énervée, d'autant que je galère à trouver un resto où me poser (plus pour trouver de l'ombre que par réelle faim). C'est riz au citron pour tous, parfait !
Je décide de donner une seconde chance à Trichy avec un autre temple. Il est 13h et il n'ouvre qu'à 15h mais je trouverai bien un endroit où prendre un jus de fruit en attendant: quand j'arrive dans la rue dudit temple, pas âme qui vive. Y'a bien un resto avec stand de jus de fruits mais ni fruits ni préposé au kiosque.
Un autre mec vend des jus de fruits mais son mixer est envahi de mouches et d'un coup, j'ai plus soif ! ça tombe bien, l'appareil était de toute façon en panne.
En désespoir de cause, je me réfugie dans un resto, et demande un thé. Le fameux chai qu'on trouve à toute heure et partout: ben ils ont pas. Que le soir !
Y'a pas d'autre solution que de commander un bon chapati, qu'on me sert avec les moultes sauces habituelles, sachant que j'ai déjà mangé et qu'il fait chaud (encore un truc que je pige pas ici, leur régime immuable de pains de farine et de sauces par 35 degrés, sans légumes verts, sans fruits...!!!)
Comme dans les autres restos, le serveur a les yeux rivés sur mon assiette (ou plutôt sur ma feuille de bananier), et se précipite pour rajouter de la sauce dès qu'il en manque un cinquième. En général, ils ont aussi une bonne tendance à resservir du riz dès qu'il commence à en manquer, ce qui induit un cercle vicieux infernal, qui me rappelle le pain / fromage français.
En plus, le moment des repas ne s'éternise pas, on mange uniquement pour se nourrir et on traîne pas à table, comme partout en Asie. Du coup, le gars du resto ne pige pas que je reste assise pour fuir le soleil. Toutes les 5 minutes, il m'a tendu mon addition pour que je paye ! j'ai fini par payer et rester jusqu'à 15h !
Hélas le second temple n'a tenu aucune de ses promesses, hormis une indienne qui m'a initiée à un mantra pour implorer Shiva (que j'ai bien sûr oublié depuis). C'est surtout la présence d'un touriste que je commence à implorer, pour avoir de la compagnie !
Enfin voilà, c'était Trichy !
P.S: pour vous dire à quel point je suis à l'Ouest, je viens seulement d'apprendre que c'étaient les JO à Vancouver ;)
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