Voici le dernier mail birman inévitablement teinté de nostalgie.
Je suis à Yangon, il fait 34 degrés et ils prévoient 37 pour demain, date à laquelle je m’envole pour Madras en passant par la Lorraine (et par Kuala Lumpur, si vous voulez une postcard de Malaisie en passant, c’est le moment !)
Je vous raconte ici le dernier trek à Kengtung, qui vaut son pesant de kyatt !
Je reviens sur la guesthouse nullissime qui m’a quand même faite payer 8 dollars la nuit pour un lit plein de ressorts, de l’eau froide et un ptit dej avec des toasts même pas toastés. Avec Sylvie et Rémi (en fait pardonnn infini, ils n’ont pas 60 mais seulement 50 ans) on avait quand même demandé la veille si on pouvait pas avoir un déj traditionnel genre riz et soupe de nouilles et ils ont dit oui. Évidemment, le matin, ils nous apportent, avec un sourire désarmant, les toasts dégueus, les 2 œufs au plat qui vont faire exploser mon cholestérol (j’en suis à 4 par jour environ) et le beurre rance.
Pas grave, on est là pour trekker, pas pour becqueter !
C’est donc parti pour un trek sur la route de Tachileik, d’où la nécessité de présenter nos passeports et de graisser la papatte d’un fonctionnaire pour passer le check point.
On achète ensuite une balle de chinlon (balle de rotin pour le foot birman, consistant à jongler avec les pieds) et un planisphère pour une école et on grimpe pendant 2h ds la montagne : car en haut nous attendent les 4 petits villages d’irréductibles akkas qui ne se sont toujours pas faits coloniser ni civiliser, tant qu’à faire. J’ai l’impression d’arriver dans le village d’Astérix, tout en bois et perché dans la montagne.
Le premier village paraît désert. Mawhtoo nous signale pourtant un mariage, et en effet un haut parleur diffuse en live des chants tradis entonnés par les anciens du village (entre nous, ça s’apparente plutôt à des prières musulmanes et ça casse les tympans plus qu’aut chose, Claire arrête de te plaindre).
Nous arrivons dans une maison banale, mais à l’intérieur, tadam…
Dans la première pièce, des hommes sont assis autour de mini tables, par terre. En enfilade dans la seconde pièce, on découvre une quinzaine de femmes akkas en tenue tradi (avec des guêtres, des fringues colorées et surtout une lourde coiffe en métal avec des pièces indiennes datant de la colonisation britannique et moultes perles), et bien sûr, les mariés : madame n’a que 15 ans (c’est relativement vieux déjà, au Yémen elles se marient à 6 !)
Le marié a 20 ans (un retraité) : ils semblent super tristes et on se demande qui on enterre : en fait c'est parce que la noce a déjà duré toute la nuit et qu’ils sont passablement nazes !
On est cordialement invités à donner de l’argent aux mariés et le marié nous fait boire un verre d’alcool de riz (groumpf) je veux dire que c'est lui qui tient le verre, au cas où on saurait pas boire ^^. Suite à ca, il nous fait fumer une cigarette. Mais ça ne fait que commencer : tout le monde se met à confectionner des boulettes de riz gluant, car la coutume veut qu’elles soient lancées sur les mariés : jusque là, tout va bien, je me sens limite en France, entre balancer du riz sec en pluie fine et des boulettes de riz gluant, bon.
Sauf qu’on est invités à manger et que, pendant ce temps, la bataille enfle et fait rage entre vieilles femmes akkas en tenue tradi et jeunes ados en tenue occidentale et gel dans les cheveux (on se demande même s’ils sont pas payés pour se donner en spectacle pour les touristes mais nan, c’est véridique, un mariage comme ça ne se déroule que 2 à 3 fois par an selon Mawthoo !)
Bref, on se retrouve vite au milieu d’une véritable…bataille de boules de riz, faut le dire, car certaines font la taille d’une boule de neige à l’aise. C'est une vraie tempête, un blizzard.
On peut garder la comparaison avec Astérix : ils sont fous ces gaulois, ils sont fous ces Akkas !
Je m’en prends plein le bras et j’en ai plein le dos !je riposte, que n’ai-je fait là, c'est le début d’une guerre ouverte entre l’un d’eux et moi ! Soudain, la femme akka est en colère et se met à pleurer : c'est que ses copines l’ont lâchée et qu’elle est toute seule contre les mecs ! Véridique ! Pourtant elle a bien 50 berges !
Heureusement, un autre touriste israélien qui est avec nous utilise un tamis à riz en guise de bouclier et la soutient. C’est la pure folie, les boules de riz valsent de partout dans la maison !
Selon Mauwtoo, l’étape suivante consiste à tartiner de noir le visage des invités, qu’on se le tienne pour dit. En attendant, je tente de me frayer un chemin vers la sortie avant de virer borgne, en pensant: « moi qui craignais la rage des chiens, ce sont plutôt les birmans qui sont enragés, ici ! »
A peine dehors, des gosses se ruent sur moi chacun leur tour en me passant allègrement une mimine pleine de cendres sur la tronche, au bout d’un moment, j’esquive avec grâce, mais me reprend des boules de riz car mon adversaire fétiche me tire dans le dos. Quel match !!!
Le pire est à venir : des ados se mettent à tonitruer des airs pop avec une formation musicale dont le larsen semble constituer le principal instrument.
Mawtoo m’implore de chanter une ritournelle frenchie, j’appelle Sylvie à la rescousse et on se met d’accord sur: « Les Champs-Elysées » (j’ai d’abord pensé à « Ne me quitte pas » mais qui n’est pas forcément des plus indiqué pour un mariage). Comme dirait Uncle Bens, c’est un succès ! on repart ds 2 autres villages qui ne nous réservent pas de surprises de cette envergure mis à part des peaux de chiens (avec la gueule ouverte et la tête) accrochés à l’entrée en guise de porte bonheur (certains akkas sont animistes).
Après avoir distribué les cadeaux à l’école, nous allons dans le dernier village : quatre gosses nous font spontanément l’honneur d’une prestation unique : sous l’autorité indubitable d’une mouflette de 4 ans, ils débitent à la suite et en chœur une dizaine de comptines dans leur langue maternelle et en se trémoussant à qui mieux mieux, dont le fameux : « Head, shoulders knees and toes » repris à la sauce birmane.
Impossible de les arrêter ! On repart en dévalant les collines pendant une bonne heure et demie (excellent pour les genoux) et on mange ds la rue sur des tabourets taille école maternelle une soupe grandiose (chinoise) pour même pas un euro.
Le lendemain, Rémi vient me réveiller avec un miracle suprême : au ptit déj, le riz et la soupe de nouilles sont cette fois servis ! Nous avons été compriiiiis !
Je paume Rémi et Sylvie dans le marché de Kengtung, tant pis (signalons que je les ai retrouvés totalement par hasard au marché de…Yangon ce matin ! et même s’il est vrai que le monde est petit, le marché de Yangon est quand même sacrément grand).
Mauwtoo m’emmène à l’aéroport mais ce gros malin est venu en moto et mon sac est obèse : qu’importe, il le cale entre lui et le guidon et c'est parti pour 15 minutes de moto en amazone derrière lui (comme les birmanes) car suis en jupe et je peux pas faire autrement car à califourchon, avec le vent, ça reviendrait à me mettre à poil ! Il m’emmène gratuitement et veut pas que je le paye (ahhhh les birmans). En revanche, il me demande un paiement en nature derrière le bâtiment de l’immigration (nan je déconne).
J’ai 2 heures d’attente avant mon avion, la grande question étant: « pour aller à Yangon par où vais-je passer cette fois avec cet omnibus ? Je table sur un Kengtung / Yangon avec escale à Singapour, Paris, et enfin Yangon :)
Pendant ce temps, dans la salle d’embarquement, ils nous passent un film, et quel film ! Pendant mes 2h d’attente, j’ai droit aux:« Vacances de Mr Bean » ! Replantons le décor, je suis dans un aéroport de province birman, paumé au milieu des montagnes, et me voilà à regarder Jean Rochefort et Emma de Caunes (ouais ils jouent dans Mr Bean car ça se passe en France) parler français sous-titré birman.
Je vous passe le trajet avec finalement escales à Mandalay et au lac Inlé, et l’arrivée à Yangon, où je me sens « home sweet home » en reprenant mes quartiers à la White house. Dans cette guest house, les gérants sont sacrément sûrs d'eux: on y trouverait le meilleur ptit dej du monde entier. Ils ont de grands panneaux sur la terrasse pour le signaler et ça me fait mourir de rire, genre : « Breakfast is the MORE important meal of the day ! Find it in HERE ! the best breakfast in the world !”
Je dégotte une gargotte et un jeune qui parle anglais me parle des plats: il me désigne des brochettes en disant qu’elles ne contiennent que de la viande, pas d’os (!!!) encore heureux ! je comprends après car il me sert une soupe…d’os ! (ils adorent ça, du bouillon avec de la moelle et des os, mmmmh)
Je m’en tiens à mes nouilles sautées (dire que j’avais commandé une toute petite portion et il se ramène avec une plâtrée de fou, je sais pas ce que j’aurais eu si j’avais rien précisé !)
Le lendemain, ptit dej pantagruélique donc à la White house, avec guacamole, frites, thé, toasts, beignets aux pommes etc etc et je retrouve par hasard…ma famille polonaise (même hôtel y’a 3 semaines à Yangon, à Bagan, recroisés à Mandalay, et ici !) ils me donnent l’adresse de leur café à Cracovie (je suis aussi invitée par une richissime américaine et son pote coiffeur gay qui vivent à San Francisco, c’est quand même cool de voyager héhé).
Je vais maintenant vous parler de mon linge sale (« oh my bouddah » comme il disent très sérieusement ici, je deviens hyper intéressante !) c’est juste pour l’anecdote : je descends mon linge sale à l’hôtel pour qu’ils le lavent. Et pour mon plus grand bonheur, 3 employés (mâles) entreprennent de vider le sac devant tout le monde à la réception, pièce par pièce ! Et ce, alors que j’avais déjà donné une liste du contenu. Avant qu’ils en arrivent aux sous-vêtements, je mets mon veto et suis limite obligée de hurler pour qu’ils arrêtent le massacre :)
S’ensuit une des plus longues journées de ma vie : vous vous rappelez U thin, le birman qui m’avait abordée le premier jour à la pagode pour m’inviter chez lui et peaufiner son anglais (et forcée à manger 3 bols de mohinga ?)
Et ben par politesse, j’ai fait la connerie d’accepter de le revoir à mon retour sur Yangon (il est très sympa hein mais bon on a vite fait le tour :D)
Ça commence très mal. Il m’attend devant l’hôtel depuis déjà 1 heure (« pour être sûr ») alors qu’on avait rendez-vous à 10h et que je suis là à 10h quoi !
On reprend le bus jusque chez son oncle et sa belle-sœur et s’ensuivent 4 heures d’ennui monumental de classe internationale ! La première fois, j’avais réussi à m’occuper en leur montrant ma crème solaire et mon i pod, mais là, il me parle pas ! Et c'est le seul anglophone à bord…il se contente de me regarder m’emmerder en souriant comme ça :). Ils me reproposent de la mohinga (leur soupe baignant dans l’huile avec du poisson) mais le souvenir de la première fois et le ptit déj d’ogresse que je viens de me taper m’en dissuade…(c’est un peu le dilemme : « comment les offenser le moins possible » ! en sachant que « refuser ou vomir, il faut choisir ! »)
Donc U thin me regarde promener mes yeux un peu partout genre salle d’attente de toubib « quand est-ce que je passe ? ». Midi arrive et avec lui son lot de plats : patates + riz (et oui, on se demande s’il ne manque pas un peu de nouilles pour parfaire tout ça), pousses de bambou dégueus, poisson, poulet, et au cas où y’auraient pas assez de protéines, œufs ! j’en peux déjà plu avant de commencer.
U Thin me propose ensuite d’acheter des trucs à manger pour remercier son oncle de son hospitalité (d’autant que la dernière fois il m’a lu l’avenir et autant vous dire qu’avec ce qu’il m’a révélé…ça me donne moyen envie de le remercier ha ha ha.)
A 14h30, je propose qu’on aille voir ailleurs si par hasard on n’y serait pas, d’autant qu’il a un pote moine dans un monastère. Mais avant de partir, j'ai droit à une assiette complète de tomates (crues, pas biennnn), crevettes séchées (beurk) et feuilles non identifiées, et je parviens à échapper à la sentence en montrant mon ventre de femme presque enceinte qui va exploser.
La tante me demande si je pars parce que je m’ennuie. Comme quoi ! Je lui sors mon plus beau (et faux) sourire pour lui répondre que non, pas du tout ! Je m’amuse comme une folle ! C'est vrai quoi, passer 4h entières dans une maison déjà visitée toute une journée un mois auparavant, enfermée avec des gens ne parlant que birman, et ce, alors qu’il me reste que 2 jours à Yangon et qu’il y a tant à visiter ! Faut croire que je parviens à être crédible puisqu’ils me proposent de revenir avant mon départ pour l’Inde. Et ils insistent VRAIMENT. Hemmmmmm comment vous dire ???
Peut-être ! Je vais essayer ! Mais demain, j’ai poney, et mardi j’ai atelier pâte à sel. Mais je doute qu’ils comprennent.
U tin m’emmène ensuite au monastère, où je m’amuse autant que dans la maison sauf que c’est avec un moine, il a 30 ans et enseigne les règles boudddhiques aux petits novices (ça pourrait être intéressant, sauf que je ne peux rien visiter car il a peur que les petits soient excités par ma présence. Le privilège d’être une fille !)
Du coup, il me regarde avec des yeux de merlan frit en ne cessant de me répéter que je suis la première touriste à visiter sa pièce privée et que même s’il en invite d’autres plus tard, il se souviendra toujours de moi. Du coup, je me sens obligée de m'immortaliser avec lui en photo, que je lui enverrai par mail. Le problème, il veut garder contact par mail avec moi (je sais pas comment lui dire que vu que je parle pas birman et lui pas anglais, on risque de galérer un max). Pendant ce temps, U tin entreprend de me masser énergiquement la tête avec ses pouces mais me décoiffe plus qu’il n’est efficace. On doit encore s’arrêter prendre le thé avant d’aller visiter une pagode (encore) avec un Bouddah couché dont la beauté n’a d’égale que ses plantes de pied (long de 70 mètres, et sur ses plantes de pieds sont inscrits les enseignements bouddhiques).
ENFIN nous rejoignons son frère, moine, dans un resto de rue (sur des MINI MINI tabourets) car il est censé me faire visiter son monastère le lendemain (mon projet de méditation qui est entre temps tombé à l’eau, pas le courage !) et comme il vient de passer deux heures dans un bus (birman) pour me voir, je me sens pas trop de le planter là. Jusque très tard, je discute donc bouddhisme avec le moine et U thin, et là, d’un seul coup, U tin me traduit ce que son frère vient de dire : « il vient de me parler du sens de la vie. Veux-tu savoir quel est le sens de la vie ? » Wouahouuuuuu, je veux dire, là en pleine rue on me propose le scoop du siècle, la révélation finale que même en rêve je n’espère plus, et à ce moment-là on nous apporte nos plats (enfin notre écuelle de riz) et U thin s’interrompt en me disant qu’il va manger d’abord.
QUOI ? mais nan !!!! Le suspense est infernal ! Je suis là, attablée avec le mec qui va enfin me révéler ce que j’attends depuis toujours, QUEL EST LE SENS DE LA VIE quoi !!! et je dois attendre que Monsieur U tin mange !!
C’en est trop :)
Bon, U tin m’a suite à ca fait une super blague en me faisant croire qu’il était crevé et allait se coucher et a disparu 20 minutes (super drôle nan ?)
Bon, alors, quel est le sens de la vie ? En fait, je garde cette histoire de sens de la vie pour moi (qui n’est en fait que totalement subjectif et qui va vous casser les noix parce que finalement ça parle de moralité et d’intégrité et de bon cœur, bref, en gros, pour le moine, le sens de la vie, c’est de vivre au pays des bisounours où on serait tous tellement plus heureux !)
Il me demande ensuite quelle est pour moi: « une vie parfaite » et je meurs d’envie de lui répondre : « avoir une Rolex » mais je flaire le piège, genre énigme du sphinx. Alors je réponds un truc du genre: « une vie parfaite est une vie pleine d’imperfections » en étant très fière de mon coup et bingo, il me répond : « nous sommes dans le même bateau » (tant qu’il s’agit pas du bateau Mandalay / Bagan, ça me va !!!)
Je prends enfin congé, bouffée par les moustiques, et hop !
Suite à ça, je dois signaler quand même que U tin m’a retrouvée il y a une heure dans ce cyber café pour me demander de la thune et pour me revoir ce soir, je vous dis pas quel cirque j’ai du pondre pour m’en débarrasser ! Non parce que vous devinerez jamais comment il s'y est pris ! Il s'est pointé discrétos par derrière, m'a planté ses mains sur les yeux à la "coucou c'est moi !" et ça m'a fait autant flipper que si j'avais vu un fantôme. Je l'ai donc sommé de s'en aller. C’est pas un comportement très noble (ou très bouddhique) certes, mais j’en ai vraiment plein le dos, là, et j’ai envie d’être tranquille !
En réalité, c'est pas évident de savoir comment bien se comporter lorsque 2 cultures sont trop différentes. Ca peut paraître vraiment bas, mais je ne peux sauver à moi seule toute la Birmanie, d'autant plus que j'avais vraiment eu le sentiment d'avoir instauré un contact intègre et "gratuit" avec U tin...
Enfin voila, je vous ai encore grillé une heure de taf avec mes conneries à lire pendant 3 plombes, disons que c’est ma ptite contribution à la crise économique !
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