Les backwaters, 9 au 11 mars
Après m'être échouée à la plage, il a bien fallu redécoller, ou plutôt reprendre le train, pour Quilon (ou Kollam), à quelques bornes de là, pour entrer dans le royaume des backwaters: sortes de canaux eau douce / eau salée et de lagunes bordées de cocotiers sur lesquels les offices de tourisme proposent des balades bucoliques en house boats (anciens transporteurs de marchandises faits de fibres de coco utilisés pour balader les touristes).
En quittant Varkala, on peut le dire, j'avais le coeur plus lourd qu'un parpaing de plomb, je l'ai un peu beaucoup mal vécu, ce départ, le fait de devoir reprendre mon sac sur mon dos, re bousiller mes vertèbres et retrouver la véritable Inde ! j'avais l'impression de changer de pays. (Le train ressemble à celui du Darjeeling limited !)
M'enfin, j'ai retrouvé Mickael (le français de Pondi, mon pote de klaxon !) à Quilon, et il a bien géré car il a rencontré des pêcheurs sur la plage et organisé un ptit tour sur l'île Munroe pour le lendemain.
Comme je n'ai pas le temps et que j'ai une flemme d'éléphant, je vais raconter ces 3 jours par bribes:
Jour 1:
Arrivée à Quilon et lunch chez les fameux pêcheurs. Comme dans le Kérala ils sont catholiques (et communistes !), ils sont bien nommés Francis et Titus. Précisons que nous sommes alpagués juste avant par 2 indiennes qui insistent pour nous montrer leurs albums photos de mariage, un des maris s'appelle Samson !
Les albums sont kitschs à souhait et je suis pas déçue, j'ai juste un peu peur que la suite logique soit la diffusion de la vidéo de l'accouchement, mais elles nous laissent repartir et nous mangeons chez Francis un super thali (riz et sauces) cuisiné par sa mère.
Précisons également qu'à ce stade Michael est déjà un peu gêné par rapport à eux car comme beaucoup d'indiens, sous couvert de nous inviter, ils réclament toujours autre chose: il a déjà payé pas mal la veille pour une ptite balade en bateau et des bières à l'oeil ! Pour la balade du lendemain ils nous demandent une somme assez conséquente...tout en la jouant amis/amis ! on se quitte en se donnant RDV à 18h pour une partie de pêche de nuit.
On a passé l'aprèm à visiter le phare de Quilon, avec du sommet une magnifique cocoteraie, la mer, le village...en rentrant, Francis et Titus sont introuvables, on s'occupe donc en photographiant les pêcheurs puis en les photographiant en train de visualiser les photos qu'on vient de prendre (c'est sans fin) et avec tout ça, le soleil se couche: quand Francis revient, c'est pour nous dire qu'il sort du commissariat, il s'est fait pincer pour cause de non port de casque avec sa moto. Malin ! On se quitte et se donne RDV le lendemain pour l'île Munroe.
Selon Francis, on verra des dauphins. J'ai envie de lui dire "et Flipper, il met le chocolat dans le papier alu ?!" mais bon, après tout, why not !
Vue du phare:
Pêcheurs de Quilon:
Michael montre ses photos:
Jour 2:
Départ à 9h sur les flots après un ptit déj pantagruélique à l'indienne toujours chez la mère de Francis, qui nous couve plus que son propre fils. Ca commence un peu mal, on était censés prendre un plus gros bateau et cuisiner le lunch dedans, finalement, comme maman a préparé un curry de tapioka, on rentrera pour le manger à 17h. On était aussi censés pêcher à la ligne, et pas de cannes à pêche sur le bateau. Je suis de plus en plus sceptique concernant les dauphins !
Un hippocampe séché nous attend dans le bateau et nous partons pour une matinée extraordinaire (comme quoi):
On s'approche de pêcheurs en pleine action en mer: ils sont à 2 bateaux, en train de tranvaser le contenu du filet d'un bateau à l'autre: pendant que le 2nd va vendre les poissons tous frais au marché, le 1er va continuer à pêcher. L'eau étincèle de centaines d'écailles brillantes, les poissons se déversent, tous frétillants, sur les pieds nus des pêcheurs qui basculent le filet dans leur bateau, c'est juste incroyable !
Ensuite, nombreux envols d'oiseaux blancs (corbeaux de mer apparemment, qui changent des corbeaux noirs partout en Inde, pire que les pigeons à Paris !), poisson volant (qui se réfère carrément à un galet tant il saute, plane, vole et ricoche littéralement sur la surface de l'eau !) et...dauphins ! à l'endroit où l'eau douce et la mer se rejoignent, à bien scruter les flots, on distingue en effet quelques nageoires dorsales sortir légèrement de l'eau et y replonger après à peine 2 secondes. Francis nous propose d'aller les rejoindre, sauf que quand on est à l'eau, ils ont disparu...je vous narguerai donc pas avec une naïveté genre "j'ai nagé avec Flipper", il est définitivement trop timide !
Suite de la balade avec des pêcheurs déployant leurs filets depuis la rive en s'aidant d'un dauphin (qui chasse par là, totalement indépendant et non payé pour cette tâche), qui sans le vouloir rameute les poissons dans les filets.
S'ensuivent aigrettes et aigles s'envolant sur notre passage sur le lac dans le soleil, sur fond de cocotiers et de houseboats. Juste féérique !
(et oui sur la photo 1 vous pouvez distinguer un dauphin !)
Ca se gâte juste quand on accoste sur l'île Munroe: Francis et Titus nous abandonnent à notre sort (très chaud) sans même un caillou blanc en poche au cas où on aurait besoin de se la jouer "Poucet", en nous disant que la route forme une boucle et que tous les chemins reviennent à Rome. Ils nous assurent aussi qu'on va croiser plein d'artisans tressant la fibre de coco.
Point d'artisans pendant ces 3 heures interminables, mais une route écrasée de soleil, les cocotiers, et le rickshaw qu'on finit par prendre, paumés comme jamais (après plusieurs bornes, pas l'ombre du bateau, et pas d'ombre tout court !)
Après 12 kilomètres, on retrouve le bateau, vide. Nos deux gus sont partis à notre recherche, et pas de chai sur cette foutue île pourtant assez grande pour avoir plein d'écoles et une route pleine de virages n'en finissant pas de tourner et de ne pas nous ramener à bon port !
Voici quand même quelques photos de l'île !
Après avoir retrouvé nos zouaves, on a sauté dans le bateau comme on saute dans un jean un matin de bourre, et on est rentrés après 20 coups de fil du père de Francis, furieux, car on monopolisait le bateau et il en avait besoin pour pêcher. Inutile de dire que la partie de pêche a sauté une seconde fois !
A 19h, on a mangé le "lunch" en guise de dîner, le tapioca étant en fait du manioc (selon l'oeil et les papilles avertis de Mickael, vivant à La Réunion).
Le plus fort, ils voulaient qu'on reste après pour le dîner (à minuit ?!!!)
On a acheté des bières pour les remercier, qu'ils ont bu sur la plage en cachette de la madre (Francis a 32 ans, toutes ses dents, et il se marie dans un an, mais passons). On leur a chanté des chansons françaises avec le doyen de la plage (le seul hindouiste) qui nous écoutait sans comprendre un mot (même en anglais). Après nous avoir fait la tirade "Les sous que vous nous avez donnés pour la journée n'ont pas suffi et Titus a perdu une journée de taf pour être avec nous aujourd'hui mais on vous demande pas plus de thune", qu'on a pas trop apprécié, Francis nous a raccompagnés en moto (ça m'a rappelé Mawhtoo en Birmanie, étant encore en jupe et en amazone): il a foncé comme un fou (et toujours sans casque).
Jour 3:
Départ en ferry public sur les backwaters "officiels" , 8h de bateau jusqu'à Allepey. Balade sympa mais lente, et on a vu moins de trucs chouettes que la veille. Pas de poissons volants, pas de dauphins, que dalle. On était déjà blasés des cocotiers ! ah si, des espèces de mauvaises herbes fleuries sur la surface de l'eau, me rappelant les lentilles d'eau du marais poitevin (mais hélas très mauvaises pour l'écosystème).
Et un homme nettoyant son buffle sur la rive !
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