Madurai, 24 au 26 février
Après le calme de Rameswaram, j'appréhendais Madurai: retrouver une ville gargantuesque, poussiéreuse et surtout, pourvue d'un méga TEMPLE, après la déconvenue de Trichy, ne me semblait pas la meilleure idée au monde.
Alors pourquoi suis-je allée à Madurai ? tout simplement parce que c'est la 2nde ville du Tamil Nadu et que son temple constitue le clou du spectacle, la cerise sur le pudding et la goutte d'eau qui ne fait pas déborder le vase mais le complète pile poil.
Et ne pas y aller, c'est comme zapper la Joconde au Louvre ou bien être invitée chez un sommelier et demander un jus de fraise. Ayant commis cette dernière infamie, j'ai mis un point d'honneur à visiter Madurai. Et puis soyons honnêtes, le trajet en bus de Rameswaram à Kanyakumari est réputé si dangereux que tout le monde recommande de faire un crochet par Madurai.
Me voici donc à Madurai à la mi journée du 24 février, avec une bonne appréhension en bandoulière donc. Arrivée à la gare routière, je dois re changer de bus pour le centre et je vois poindre le même combat qu'à Tanjore mais non, tout se passe bien, hormis un chauffeur de rickshaw qui me propose 10 roupies (que dalle) pour aller dans le centre, en me disant que l'hôtel où je veux aller a fermé. Mais bien sûr. Il reçoit juste la commission d'un autre hôtel s'il lui amène des touristes naïfs !
J'ai donc pris le bus et marché 5 minutes jusqu'à un hôtel tout à fait ouvert et tout à fait crade, aussi.
La "salle de bain" est tellement crade (lavabo plus noir qu'une cave à charbon, sol itou...), que je vois mal comment on peut en ressortir propre, bien que ce soit sa fonction principale, mais vu que j'ai décidé de ne rester qu'une nuit, je dis oui.
Je ressors illico pour aller au resto qui deviendra ma cantine pour les 3 jours à venir (et levée du suspense, 3 jours ne faisant pas une nuit, vous pouvez en déduire que j'ai prolongé mon séjour). Un resto climatisé qui fait des sandwichs et des frites. J'ai vraiment honte, j'ai l'impression que plus ça va, plus je suis dégoûtée de la bouffe indienne. Au début je pouvais tenir 6 repas d'affilée en dosai masala et maintenant, quand j'en ai eu 2 fois, je fais une overdose !
Je pars ensuite en vadrouille aux abords du temples, décidant de n'y aller que vers 21h, pour la cérémonie du "coucher des dieux" (et oui les dieux aussi vont au pieu !)
Je parcours les petites rues derrière le sanctuaire, et j'y trouve les habitants les plus gentils de l'Inde. Tous veulent se faire prendre en photo, des gamins se disputent les faveurs de mon objectif, qui immortalise des mains d'écolières décorées au henné, et un ptit vieux vendeur de cocos, me signifiant je ne sais quoi en faisant de grands moulinets avec ses bras. On a fini par poser ensemble, lui, serrant fort sa main dans la mienne.
Après, visite dans un ancien mandapam (grand hall de temple avec piliers) transformé en foire d'empoigne aux souvenirs touristiques et en couturiers alignés (uniquement des hommes! ) qui s'appliquent à coudre...des dizaines de blouses pour saris, entre autres ! ainsi, ils existent vraiment !
Ensuite, temple dès 18h30 finalement; je vais pas dire "n'y tenant plus", c'est juste que je n'avais plus rien d'autre à faire. Et puis si j'arrive en avance pour le coucher des dieux, c'est pas plus mal, avec un peu de chance, me dis-je, j'assisterai ptet à la berceuse ou à l'histoire du soir.
En plus, une vendeuse de cartes postales m'a collée d'office un bindi entre les deux yeux, et je n'ai pas eu le coeur de dire non à une vendeuse de guirlandes fleuries (si tous les indiens sont moustachus, toutes les indiennes portent une tresse dans laquelle elles insèrent une guirlande de fleurs blanches à chaque visite dans un temple). Avec mes cheveux courts, c'est plus abominable qu'aut chose, je renonce donc à la porter et je la donne à une indienne.
Je découvre un temple ma foi (!) tout à fait honorable (si je puis dire), avec un grannnd bassin sans eau au milieu duquel trône une fleur de lotus en or et dont des marches partent pour arriver aux couloirs, ceints de colonnades.
Surgit une statue de Ganesh vêtu d'un sarong (Ganesh est le dieu avec une tête d'éléphant). Et les gens viennent le prier d'une manière particulièrement bizarre: ils se touchent la nuque avec les deux bras croisés et effectuent des tensions/extensions en se pliant et se relevant 3 ou 4 fois d'affilée, on dirait un peu des tocs, mais j'imagine que n'étant pas hindouiste, j'ai rien à dire ! D'ailleurs, la visite est assez courte car on me signifie expressément qu'encore une fois, n'étant qu'une misérable athée, je n'ai rien à faire dans les principaux sanctuaires du temple. Partout des panneaux "étrangers interdits","interdit aux non hindouistes" fleurissent.
Je pousse quand même jusqu'au hall aux 1000 piliers pour m'apercevoir, déçue, qu'il a été envahie de vendeurs à la sauvette et que les piliers sont noyés derrière les échoppes de flingues en plastiques.
Un vieillard parlant anglais me présente à sa famille entre 4 piliers et m'invite chez lui le lendemain.
Je sors du temple avant la cérémonie, enchantée par Madurai, moi qui pensais trouver une ville terne et sans charme et découvrant des gens adorables et des rues plutôt calmes (rues du temple interdites à la circulation, imaginez une grosse artère parisienne sans bagnoles, le bonheur !) je n'ai surtout plus à me préoccuper de me faire écraser ou non les orteils par une moto ou un scooter !
Je décide de prolonger d'une journée. Clou de la soirée, je rencontre Innam, un indien pur jus de Madurai, avocat vivant depuis 4 ans à...Rennes, ayant même vécu à Nantes en même temps que moi, et parlant un français impec, avec les expressions idiomatiques et tout (il mange même du beurre salé au ptit déj !). Il est en vacances ici et on va manger ensemble, avec un couple de parisiens fort sympathique (ça arrive ;D). Encore mieux, dans mon hôtel pourri j'allume la télé et tombe sur un film en V.O sous-titré anglais, avec Clint Eastwood et John Malkovich, suivi de "The dark knight" !
Le lendemain, je cherche désespérément le "quartier près de la rivière" où, selon le Routard, s'ébattent forgerons, vendeurs de cannes à sucre et laveurs de linge. Sachant que la rivière est longue comme la Seine et que les quartiers, y'en a quelques-uns quand même. Il fait chaud et la circulation est dense. J'abandonne ! je retrouve Innam l'après-midi, vu qu'il doit m'expliquer plein de trucs sur son pays en bon français, dont le mystère des saris !
On retourne dans le temple, où il me révèle plein de trucs intéressants (si Ganesh est représenté avec une tête d'éléphant, c'est pas parce que les indiens sont fans de Dumbo, etc), et il m'emmène dans le fameux hall aux 1000 piliers que j'ai en fait raté la veille et qui n'est pas du tout envahi de vendeurs mais de jolies statues.
Hormis qu'encore une fois, il font douiller à mort les étrangers, qui paient l'entrée 10 fois plus cher que la normale...
Le souci étant qu'Innam se révèle différent d'hier. Il commence par m'offrir des guirlandes de fleurs en me donnant des surnoms affectueux. Puis à me sortir des mensonges plus énormes que l'Inde toute entière. Il m'avait dit avoir 32 ans et les cheveux blancs à cause d'un accident de voiture récent (sous le choc les cheveux auraient blanchi, déjà, mouais).
J'ai entrevu par hasard son permis de conduire français, il se trouve que ce cher monsieur est né en 54. Alors soit je sais pas compter, soit il a un sérieux souci de mythomanie !!! J'ai regretté ensuite de lui avoir demandé une explication: il m'a dit qu'il avait beaucoup voyagé, et que comme les visas coûtaient cher, il avait dû se faire faire plusieurs passeports différents avec plusieurs dates de naissance (?!)
Et quand je lui ai demandé où il comptait aller après Madurai, il m'a dit "pourquoi pas venir avec toi à Kanyakumari ?" Juste, NO WAY ! cela a scellé la fin de notre belle amitié même si, par principe, je lui ai dit ok pour le dîner ensemble. Je lui ai posé un magnifique lapin (faut dire aussi qu'en se séparant en fin d'aprèm, il m'a proposé de venir dans sa chambre d'hôtel pour fumer un joint :D) je veux dire c'est une activité hyper intime, on fume pas le joint avec n'importe qui !
Toujours est-il qu'en errant dans les rues le soir même et en essayant de l'éviter, je me suis faite aborder par Vinodh, un indien vivant à... San Sebastian en Espagne.
Sa technique d'approche n'était pas d'une grande subtilité ("on s'est déjà rencontrés quelque part ?!") mais il était vraiment très sympa.
On a d'ailleurs rencontré un français revenant de Bolivie et ils se sont mis à échanger en espagnol comme s'ils s'étaient toujours connus, ce qui a étayé sa déclaration de domicile.
Le lendemain, il allait visiter une espèce de parc avec soit-disant des éléphants sauvages et des singes, et j'ai aussitôt sauté sur l'occaz et me suis tapé l'incruste (des fois que l'autre voudrait vraiment me rejoinder à Kanyakumari, j'ai préféré rester un jour de + dans le coin et j'ai donc finalement passé 3 nuits dans mon hôtel "5 étoiles" !).
Ne me demandez pas où est la logique de me précipiter dans les basques d'un indien hispanophone après avoir semé un indien francophone. Moi qui voulais retrouver des touristes avec lesquels échanger, j'ai été gâtée, même si je n'ai finalement trouvé que des indiens...des indo-européens !
Vinodh aussi porte la moustache, à pourtant 27 ans: mais il aborde le sujet de lui-même et me confirme ce qu'un indien m'a expliqué quand je lui ai demandé comment ça se faisait qu'un tel mauvais goût était partagé par tant de gens (bon ok je l'ai pas dit tout à fait comme ça): les sans moustaches sont considérés comme non virils, comme gays. Vinodh exècre donc sa moustache mais se doit de la porter pendant ses vacances au pays.
Je me suis donc tapé l'incruste le lendemain: après un ptit déj dans la rue, où je commence à avoir mes quartiers (chai indien, le fameux thé au lait masala qu'ils versent de très haut d'un verre en métal à un autre très rapidement), j'ai embarqué dans une voiture pour quelque part pas loin, dans la montagne.
Ca éclaire, tout de suite.
Bref, je savais pas trop où j'allais mettre les pieds, mais vive l'aventure.
C'est la surprise quand j'apprends qu'il s'agit d'un temple: effectivement, je distingue des montagnes, et des singes en liberté, pleiiiin de singes.
Vinodh me raconte l'histoire du lieu et c'est encore un sacré micmac: il était une fois un yogi qui tenait absolument à construire un temple à cet endroit. Personne ne le prit au sérieux et en représailles, un cyclone dévasta le lieu. Ils se mirent alors illico au boulot, et on dit que le yogi médite toujours à l'intérieur.
La porte du temple n'est jamais ouverte de peur que cela provoque le retour du cyclone.
Depuis ce jour et pour se faire pardonner (ou plutôt pour que les dieux pardonnent leurs ancêtres), les indiens du coin viennent à l'entrée du temple se faire frapper (oui oui j'ai même filmé la scène), par le gardien. Scène d'une rare violence qui, mise sur youtube, ferait réagir les plus fervents machistes: une indienne se fait fouetter la tête sans broncher (voire en en redemandant), de manière tout à fait volontaire et maso.
Après ça, on a donc fait le "treck" avec le chauffeur de la voiture en guise de guide: on a d'abord évolué au milieu des singes, évoluant eux-mêmes parmi les détritus, et aidé un ptit vieux qui tentait de manger à même le sol sans se faire voler sa pitance par nos amis poilus.
Le blème, c'est qu'après avoir marché 20 minutes dans la forêt et avoir aperçu un lézard fluo qui s'abreuvait dans un ruisseau, on a rebroussé chemin.
Quid des éléphants sauvages ? A priori, le guide ne le sentait pas trop. Encore moins avec une touriste (moi, donc). Ce qu'il craignait le plus étant bizarrement les...buffles. Et cet idiot a réussi à me faire flipper avec lui. Ici, les buffles sont pas hyper courtois: ils peuvent débouler à tout moment en dévalant la pente pour traverser. Et d'après ce que j'ai compris (mais ça me paraît bizarre), une attaque de buffles, ça coûte pas qu'un bras: même si l'un d'eux ne fait que nous lécher la peau, il reste plus que les os: la peau part avec la langue, celle-ci contenant un acide (ce sont donc des buffles génétiquement modifiés je pense).
Charmant, nan ? je soupçonne le guide d'avoir mitonné ce truc pour nous ramener plus rapidement à la voiture et écourter la balade...
Un peu déçue, car après il nous a emmenés dans un temple récent du dernier kitsch, dont l'enceinte était constituée d'une tête de cobra géant (il fallait bien sûr payer pour rentrer)...
On a laissé Vinodh dans la voiture qui craignait d'y rester 3h pour méditer, et qui ne voulait pas m'infliger ça (trop gentil !)
Phrase du jour par Vinodh, après avoir vu un indien se soulageant en pleine rue et sachant qu'en Inde les couples ne s'affichent pas en public: "In the indian streets, you can piss but not kiss. In european streets, you can kiss but not piss".
Vraiment, que Shiva garde son âme !
On est ensuite allés chez le chauffeur, qui nous a offert un chai (toujours le thé masala, vous suivez pas !), puis on a fini par le musée Gandhi qui était de toute façon gratuit et qui fermait 20 minutes plus tard. Il y avait une dizaine de salles elles-mêmes pleines de dizaines de panneaux explicatifs en anglais sur la vie et l'oeuvre de Gandhi, sur l'art et la manière d'être né, d'avoir été et d'être mort Gandhi, jusqu'à sa toge tachée du sang de son assassinat, exposée sous verre.
A 13h, le gars m'a réclamée 1000 roupies (une fortune) pour finalement pas grand-chose.
L'aprèm, Vinodh m'a sorti sa carte de prof de yoga ayurvédique en basque (véridique), m'a tâté les points de pulsation énergétique pour voir comment se portaient mes chakras.
(Je vous entends penser: "mais bien sûr, on sait tous comment ça va finir").
Désolée de vous détromper.
Il a juste conclu que mon bras droit avait un ptit coup de mou ainsi que mon dos (il faut pas sortir de l'ENA pour deviner qu'après 1 mois et demi de voyage avec sac de 10 kilos, on a le dos en compote). Mais il est vrai qu'à peine il eut appuyé sur mon omoplate droite, que j'ai sauté au plafond.
Voila qui méritait un ptit massage...qui a duré 1 heure entière, une heure de Vinodh étalé sur moi et me massant vigoureusement avec ses mains et ses coudes du bas de la colonne vertébrale à la tête, en m'étalant des litres d'huile de coco et me changeant en savonnette vivante.
Et tout cela, dans ma chambre glauque à souhait. Après, il m'a fait faire des étirements genre kama sutra de la gym, on aurait dit une choré de danseurs sur glace, je vous laisse imaginer (moi debout cambrée en arrière à 360 degrés pendant qu'il retient mes bras et les étire un max, mais toujours habillés).
Et non j'ai pas de photo :)
Ce fut épique, mais à la fin je ne sentais rien de particulier, même s'il m'a assuré que j'allais planer pendant 10 jours. Je lui ai donné un pourboire symbolique (il fait même payer sa mère), et je me suis demandée comment les gérants de l'hôtel avaient pris la chose (le voir sortir de ma chambre éreinté et en nage, en empochant ses roupies).
Après le dîner, il m'a dit qu'il avait oublié un truc super important: de me faire craquer les cervicales (parfait pour le dessert), il s'est donc exécuté entre l'ascenseur et la rue. Plus qu'à attendre le résultat. (Et il voulait m'accompagner à Varkala, au fait).
Et j'ai pu voir un épisode de Desperate Housewives saison 6 le soir même dans mon hôtel pourri: elle est pas belle, la vie ?
P.S: à ce stade du voyage, j'en suis à 1502 photos d'indiennes de dos en sari...
j'adore cette image de femme couleur potiron/pastèque parmi ses potirons et ses pastèques !
j'ai aussi trouvé Madurai sympa.
RépondreSupprimerEt le temple visité le soir, donne une tout autre ambiance avec les éclairages.
J'ai réussi à trouver le quartier des forgerons, avec quelques difficultés,Ils sont très fiers de montrer leur travail, ce qui m'a le plus marqué, c'est surtout en face de ce quartier, des hommes faisant leur besoin dans le peu d'eau, presque stagnante du canal, et juste après d'autres se lavaient avec la même eau ... beurk !
Michael